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Comment une céramiste rechiffre sa gamme complète avant la saison de fin d’année ?
Publié le Mis à jour le 10 minutes de lecture Signé Jimenez Julien
Une créatrice de céramique vend bien depuis trois ans, sur son site, sur deux marchés et dans une boutique en dépôt vente. Son chiffre d’affaires monte, son revenu ne suit pas. Voici le déroulé complet de la remise à plat de sa gamme, semaine par semaine, jusqu’à l’annonce de ses nouveaux prix à ses clientes et à sa boutique partenaire.
La réponse courte tient en quatre semaines, deux à trois heures par semaine, et dans un ordre qui ne change pas: la matière, puis le temps, puis les canaux, puis seulement les prix. Une céramiste installée en Anjou, trois ans d’activité, quatre canaux de vente, a mené cette remise à plat entre la fin août et la fin septembre, avant sa saison de fin d’année.
Elle n’en est pas sortie avec une hausse générale, mais avec trois décisions: une référence retirée de la gamme, une grille de gros revue avec sa boutique partenaire, un format créé pour réutiliser un geste qu’elle maîtrisait déjà. Voici son déroulé complet, semaine par semaine.
Le point de départ: des ventes en hausse et un compte qui ne bouge pas
Ce qu’elle croyait savoir de ses prix
Sa gamme tient en huit références: des bols, des mugs, des tasses, deux formats de plats et un photophore ajouré. Elle vend à l’atelier une fois par mois, sur deux marchés de créateurs à l’automne, sur son site, et en dépôt vente dans une boutique de sa ville depuis deux ans.
Ses prix datent de son installation. Ils avaient été posés en regardant ce que faisaient trois autres céramistes de la région, puis arrondis à l’euro supérieur. Depuis, elle avait ajouté des références, jamais rouvert le calcul.
Le déclencheur: une hausse du prix de la terre et de la cuisson
Deux augmentations coup sur coup: son grès chamotté prend un peu plus de deux euros au sac, et sa facture d’électricité de printemps monte franchement alors qu’elle a cuit autant que l’année précédente. Le même mois, elle range trois cartons de pièces invendues d’un marché.
Ce n’est pas un échec de gestion, c’est un signal normal du métier: quand deux postes de coût bougent en même temps, la gamme entière est fausse. Elle bloque quatre créneaux dans son agenda, un par semaine, et commence par le plus simple.
Semaine 1: la fiche matière de trois pièces témoins
Ramener la terre, l’émail et l’énergie à l’unité
Elle choisit trois pièces témoins: le mug, format le plus vendu, le grand plat, pièce la plus chère, et le photophore, celui qu’elle refait sans y penser. Sur chacune, une fiche matière ramenée à l’unité réellement consommée.
Pour le mug, elle pèse la terre crue avant tournage: 620 grammes. Son sac de 12,5 kilogrammes lui revient à 21 euros, soit 1,68 euro le kilogramme, donc 1,04 euro de terre par mug. Elle relève ensuite ce que lui coûte un seau d’émail préparé, 46 euros, et compte combien de pièces de ce format il couvre avant d’être refait: environ 90. Cela met l’émail à 0,51 euro par mug.
Restait l’énergie, le poste qu’elle n’avait jamais chiffré. Un relevé de compteur avant et après chacune des deux cuissons d’une même série lui donne 19,80 euros d’électricité pour la fournée entière, biscuit et émail réunis. Divisé par les 40 mugs enfournés, cela fait 0,50 euro la pièce.
Le taux de perte réel entre le tournage et l’émaillage
Sur cette série de 40 mugs, quatre ne sont pas sortis vendables: une fêlure au séchage, une anse décollée au biscuit, deux défauts d’émail au défournement. Il reste 36 pièces à vendre, et la matière des 40 se répartit sur ces 36.
Le calcul change alors de nature. La fournée lui a coûté 41,60 euros de terre, 20,40 euros d’émail et 19,80 euros de cuisson, soit 81,80 euros pour 36 mugs vendables: 2,27 euros de matière par pièce, contre 2,05 euros si elle avait ignoré ses pertes. En ajoutant le papier de soie et l’étiquette cartonnée, 0,45 euro, elle arrive à 2,72 euros. La méthode complète, poste par poste, est détaillée dans notre guide du coût de revient d’une pièce faite main, temps invisible compris.
Semaine 2: chronométrer une fournée réelle du début à la fin
Tournage, tournassage, anses, séchage surveillé
Elle pose une minuterie sur l’établi et relève chaque poste sur la série de 40, sans arrondir en sa faveur. Tournage: 3 heures 20. Tournassage le lendemain: 2 heures. Étirage et pose des anses: 2 heures 40, le poste le plus long après le tournage, ce qui la surprend.
Le séchage surveillé compte aussi: bâcher, retourner, contrôler deux fois par jour, 40 minutes cumulées sur la semaine. Ces minutes n’existaient dans aucun de ses calculs précédents.
Émaillage, enfournement, défournement, ponçage
Préparation du seau, cirage des culots, trempage, retouches au pinceau: 2 heures 20. Enfournement et défournement des deux cuissons: 1 heure 20. Ponçage des culots à la pierre et essuyage avant emballage: 50 minutes.
Total mesuré: 13 heures 10 pour 36 pièces vendables, soit 22 minutes par mug. Elle en annonçait douze. Avec la majoration de temps invisible qu’elle s’est fixée, une heure pour quatre heures d’atelier au vu de ses photos, fiches produit, réponses aux messages et commandes de matière, on arrive à 27 minutes, soit 0,45 heure par mug.
À 25 euros de l’heure d’atelier, taux qui couvre sa rémunération, ses cotisations et les charges fixes du local, cela fait 11,25 euros de main d’oeuvre. Ajoutés aux 2,72 euros de matière, son coût de revient par pièce ressort à 13,97 euros, hors frais de canal.
Semaine 3: la même pièce vue par quatre canaux
Vente directe à l’atelier et marché de créateurs
Son mug est affiché 26 euros partout. À l’atelier, seul le terminal de paiement prélève sa commission, 0,46 euro. Sur un marché, elle ajoute l’emplacement et le trajet: 60 euros de droit de place et 18 euros de carburant, répartis sur les 22 pièces vendues dans la journée, soit 3,55 euros par pièce, terminal compris 4,01 euros.
Ce chiffre ne comprend pas encore les dix heures de la journée elle même, montage et démontage inclus. Le détail de ce poste est traité dans notre calcul du coût réel d’une journée de marché de créateurs.
Site propre avec frais de paiement et expédition
Sur son site, elle compte 0,61 euro de frais d’encaissement, 1,90 euro de carton, calage et papier bulle, et 0,55 euro de provision moyenne pour casse et réexpédition, poste qu’elle avait toujours traité comme un accident et jamais comme un coût.
Dépôt vente en boutique avec commission
La boutique applique 40 pour cent de commission sur le prix public. Sur un mug à 26 euros, il lui revient 15,60 euros. Le tableau qu’elle remplit ce soir là est celui qui déclenche tout le reste.
| Canal de vente | Frais du canal | Marge par mug | Marge par heure d’atelier |
|---|---|---|---|
| Vente directe à l’atelier | 0,46 euro | 11,57 euros | 25,71 euros |
| Site propre, expédition comprise | 3,06 euros | 8,97 euros | 19,93 euros |
| Marché de créateurs | 4,01 euros | 8,02 euros | 17,82 euros |
| Dépôt vente, commission de 40 pour cent | 10,40 euros | 1,63 euro | 3,62 euros |
Même pièce, même temps, même prix affiché: de 25,71 à 3,62 euros de marge par heure. Et c’est la boutique qui écoule le plus gros volume de mugs sur l’année. Son canal le plus actif était son canal le moins rémunérateur.
La décision: hausse ciblée, retrait d’une référence, nouveau format
Trois arbitrages plutôt qu’une hausse générale
Elle ne touche pas au prix du mug en vente directe. Ses trois décisions portent ailleurs.
- Le grand plat passe de 58 à 72 euros. Chronométré à 1 heure 25, soit 1,77 heure avec le temps invisible, il coûtait 52,85 euros à produire. En dépôt vente, il partait sous son coût de revient depuis deux ans.
- Le photophore ajouré sort de la gamme. Vingt six minutes de découpe à la main, 15,44 euros de coût de revient, vendu 16 euros: rentable nulle part, et il occupait une planche entière de four.
- Une tasse sans anse rejoint la gamme. Même terre, même émail, même trempage, sans les quatre minutes d’anse: 18 minutes mesurées, vendue 24 euros. Le geste est déjà acquis, la fournée se remplit mieux.
Ce qu’elle garde volontairement en dessous du prix conseillé
Son petit bol du quotidien reste à 18 euros, sous le prix que son calcul recommande. C’est sa pièce d’entrée, celle que l’on offre et qui fait revenir. Elle l’assume, à deux conditions écrites sur sa fiche: ce bol n’est vendu qu’à l’atelier et sur les marchés, jamais en dépôt vente, et il ne cuit qu’en complément de fournée, dans les espaces laissés par les grandes pièces.
Annoncer la hausse à ses clientes et à sa boutique partenaire
Le message aux clientes fidèles
Trois phrases, envoyées trois semaines avant l’application: ce qui a augmenté, ce que cela représente concrètement, la date à partir de laquelle les nouveaux prix s’appliquent. Le prix de la terre, celui des cuissons, et l’intention de continuer à travailler dans les mêmes conditions dans cinq ans.
Aucune excuse, aucune justification qui s’étire. Une créatrice qui explique sa hausse en dix lignes donne l’impression de la regretter. Elle a laissé trois semaines de préavis, ce qui a produit une série de commandes avant la date, effet secondaire agréable et parfaitement normal.
La révision de la grille avec la boutique
Avec la gérante, la conversation s’est tenue sur une feuille, pas sur une intuition. Le prix public du mug en boutique passe à 32 euros, et la commission de 40 à 35 pour cent, ce qui lui laisse 20,80 euros et une marge par heure d’atelier de 15,18 euros. La grille est datée, signée des deux côtés, applicable au dépôt suivant.
Un point de vigilance avant ce genre de rendez vous: le prix affiché au consommateur relève de l’arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l’information du consommateur sur les prix, consultable sur le site officiel Legifrance, et il doit rester cohérent entre votre stand et la vitrine de votre revendeuse. Les autres clauses à examiner sont réunies dans notre liste à cocher avant de signer un contrat de dépôt vente.
Trois mois plus tard: ce qui a changé dans le carnet
Sept références au lieu de huit, deux fournées de moins sur la saison, et un carnet qui se lit enfin. Elle sait ce que lui laisse chaque canal, et elle sait pourquoi elle accepte un marché plutôt qu’un autre.
Elle a surtout pris une habitude: une demi journée de revue de gamme avant chaque saison forte, fiches matière rouvertes, une série rechronométrée, grille revendeuse mise à jour. C’est ce travail que Coutelia tient à jour pour chaque pièce de votre gamme, avec le coût de revient complet, la marge comparée par canal de vente et l’alerte dès qu’une vente passe sous votre prix plancher. Demandez une démonstration sur votre pièce la plus vendue, ou un devis pour faire passer votre gamme entière avant la saison.
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Décrivez ce que vous fabriquez et où vous vendez : la réponse arrive sous un jour ouvré, avec un premier ordre de grandeur de prix plancher pour une de vos pièces.
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Comment calculer le coût de revient d’une pièce faite main, temps invisible compris ?
Vous connaissez le prix de vos matières, rarement celui de votre heure d’atelier.
Que vérifier dans un contrat de dépôt vente avant de confier vos pièces à une boutique ?
Une boutique vous propose de prendre vos pièces en dépôt vente, et la commission annoncée semble raisonnable.
Combien vous coûte réellement une journée de marché de créateurs, poste par poste ?
Un emplacement à quelques dizaines d’euros paraît une dépense modeste, jusqu’au moment où l’on compte la route, les repas, le matériel, et surtout les heures.