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Comment calculer le coût de revient d’une pièce faite main, temps invisible compris ?
Publié le Mis à jour le 11 minutes de lecture Signé Jimenez Julien
Vous connaissez le prix de vos matières, rarement celui de votre heure d’atelier. Entre les chutes, les ratés, les prototypes, l’emballage et les heures passées à photographier, répondre et ranger, une pièce coûte presque toujours plus cher que prévu. Voici la méthode complète pour chiffrer une pièce de bout en bout, avant de décider de son prix.
Le calcul tient en une seule ligne, et vous pouvez l’écrire ce soir sur une feuille. Coût des matières réellement consommées, majoré des chutes et des ratés, plus l’emballage qui part avec la pièce, plus le temps de fabrication et la part de temps invisible qui lui revient, le tout multiplié par votre taux horaire d’atelier, plus les frais propres au canal sur lequel vous vendez. Ce total est votre coût de revient complet.
En dessous de ce total, la vente vous appauvrit: c’est votre prix plancher. Au dessus seulement, vous financez les creux de janvier, les prototypes et les semaines où vous ne produisez pas. Le reste de cet article détaille chaque ligne, dans l’ordre où on la remplit, sur une seule pièce pour commencer.
Choisir une pièce témoin plutôt que de tout recalculer
Pourquoi commencer par la pièce que vous vendez le plus
Recalculer une gamme entière un dimanche soir est le meilleur moyen de refermer le cahier avant la troisième référence. Prenez une seule pièce, celle qui part le plus souvent, celle que vous refaites sans réfléchir.
Cette pièce a un autre avantage: vous en avez fabriqué assez d’exemplaires pour connaître son déroulé réel, ses ratés habituels et ses temps morts. Une pièce rare, faite trois fois dans l’année, ne vous apprendra rien de fiable.
Ce qu’il faut avoir sous la main avant de commencer
- La pièce finie, posée devant vous, emballage compris.
- Les factures d’achat des fournitures qu’elle consomme, avec le prix du conditionnement entier.
- Une balance de précision, ou de quoi compter les unités si votre matière se compte.
- Une feuille par pièce, avec une colonne pour la quantité et une pour le montant.
- Une minuterie, pour la partie temps que nous verrons plus loin.
Rien d’autre. Pas de tableur à onglets, pas de logiciel de comptabilité: une fiche matière par référence suffit à sortir un chiffre défendable.
Chiffrer la matière réellement consommée, pas la matière achetée
Ramener chaque fourniture à l’unité utilisée
Vous achetez une bobine, un coupon, un sac de terre, une plaque de laiton. Vous consommez quelques mètres, quelques grammes, quelques centimètres carrés. Le prix qui entre dans votre fiche est celui de la quantité consommée, jamais celui du conditionnement.
La méthode est mécanique: prix payé pour le conditionnement, divisé par la quantité totale contenue, multiplié par la quantité que la pièce consomme. Pesez plutôt que d’estimer. Une créatrice qui pèse ses fils de laiton découvre souvent qu’elle en utilise moitié plus qu’elle ne le croyait, chutes de coupe comprises.
Chutes, ratés et prototypes
Une chute n’est pas une erreur, c’est une donnée de votre métier. Le fond de coupon inutilisable, la perle fêlée au perçage, l’émail qui cloque à la cuisson, la reliure mal massicotée: tout cela est payé par vous et doit remonter dans le prix des pièces vendues.
Relevez sur une série ce que vous avez engagé et ce qui est sorti vendable. Si vous avez lancé douze pièces et que dix sont vendables, la matière des douze se répartit sur dix. Ajoutez le même traitement aux prototypes: une nouvelle référence coûte deux ou trois essais avant d’être stable, et ces essais appartiennent au coût de la gamme.
Emballage, étiquette et calage
Tout ce qui quitte l’atelier avec la pièce est de la matière. La boîte, le papier de soie, l’étiquette cartonnée, le ruban, la pochette de protection, la carte d’entretien, le calage du colis, l’adhésif papier.
Pesez ou comptez une fois, notez le montant, et ne le rediscutez plus. Sur un petit objet vendu quelques dizaines d’euros, cet ensemble représente très souvent plus que la matière première elle même.
Mesurer le temps de fabrication sans le sous estimer
Chronométrer une série entière et diviser
Lancez la minuterie au moment où vous ouvrez le tiroir des fournitures, pas au moment où vous commencez à assembler. Arrêtez la quand l’établi est rangé et les pièces posées à sécher. Divisez ensuite par le nombre de pièces vendables obtenues.
Cette mesure inclut la mise en place, le nettoyage des outils, le rangement du poste et les allers retours vers l’évier. Ce sont des minutes de travail, elles comptent.
La première pièce n’a jamais le temps de la dixième
Chronométrer une pièce isolée fausse tout, dans les deux sens. La première du jour porte toute l’installation et vous donne un temps trop long. Une pièce prise au milieu d’une série lancée profite de la mise en place déjà faite et vous donne un temps trop court.
Ajoutez les temps que vous ne passez pas les mains dedans mais qui vous retiennent: séchage surveillé, cuisson à surveiller, pose d’une colle, temps de prise d’un émail, ponçage de reprise le lendemain. Si vous devez rester à l’atelier ou y revenir, ce temps appartient à la pièce.
Ajouter le temps invisible, la part que personne ne facture
Photos, fiches produit et réponses aux messages
Une pièce ne se vend pas parce qu’elle existe. Elle se vend parce que vous l’avez photographiée sur fond clair, retouchée, décrite, mesurée, publiée, puis parce que vous avez répondu à trois messages sur la longueur de chaîne et à un autre sur les délais.
Ces heures ne produisent aucun objet et conditionnent pourtant chaque vente. Elles sont du temps de travail au même titre que le tour ou l’aiguille.
Approvisionnement, rangement et comptabilité
Comptez la recherche de fournisseurs, les commandes, la réception et le contrôle des colis, le rangement des stocks, l’inventaire, la saisie de vos recettes et la déclaration de chiffre d’affaires que vous adressez à l’Urssaf selon la périodicité que vous avez retenue.
Préparation des commandes et passage à la poste
La préparation d’un colis, l’édition d’une étiquette, le mot manuscrit, le trajet jusqu’au bureau de poste et l’attente au guichet forment un poste à part entière, et il se mesure très bien: relevez ces minutes pendant deux semaines pleines.
Additionnez ensuite tout le temps invisible de ces deux semaines et divisez le par le nombre de pièces réellement vendues sur la même période. Vous obtenez la part de temps invisible qui revient à une pièce. C’est souvent le chiffre qui surprend le plus, et c’est aussi celui qui explique la sensation de travailler tout le temps pour peu.
Poser un taux horaire d’atelier que vous assumez
Partir du revenu net souhaité, pas du prix des autres
Le taux horaire se construit à l’envers. Vous partez du revenu mensuel net dont vous avez besoin, vous le divisez par le nombre d’heures réellement productives d’un mois, et vous obtenez le point de départ. Comptez les heures que vous passez vraiment à l’atelier, pas celles que vous aimeriez y passer.
Ce chiffre vous appartient. Il ne se compare pas à celui d’une créatrice qui exerce à côté d’un salaire, ni à celui d’un atelier qui produit en série. C’est d’ailleurs l’un des pièges détaillés dans la comparaison des trois méthodes de fixation de prix.
Ajouter les cotisations, les frais fixes et les jours non produits
Ce que vous encaissez n’est pas ce que vous gagnez. Sur votre chiffre d’affaires se prélèvent vos cotisations sociales, la contribution à la formation professionnelle, et selon votre situation votre impôt. Le régime micro BIC, prévu à l’article 50-0 du code général des impôts, applique par ailleurs un abattement forfaitaire qui ne reflète pas vos charges réelles: il sert au calcul de votre imposition, pas au calcul de votre prix.
Ajoutez ensuite ce que l’atelier coûte chaque mois indépendamment de la production: loyer ou part du logement, assurance, électricité et cuissons, abonnements, site, comptabilité, adhésion à un collectif, stand et déplacements. Et prévoyez les semaines sans production: congés, salons, maladie, morte saison. Le détail des règles applicables au micro entrepreneur est publié sur le portail officiel entreprendre.service-public.fr, et les modalités de déclaration figurent sur le site de l’Urssaf.
Du coût de revient au prix plancher, puis au prix conseillé
Le prix plancher n’est pas un prix de vente
Le coût de revient complet vous donne le prix plancher: le point d’équilibre exact, celui où vous ne perdez rien et ne gagnez rien de plus que votre taux horaire. Vendre à ce prix, c’est travailler sans réserve.
Le prix conseillé se situe au dessus. Il finance les prototypes de la prochaine collection, le stock dormant, le matériel qui casse, les mois creux et les remises que vous accorderez de toute façon. Un plancher n’est pas un prix affiché: c’est une limite.
Vérifier la marge avant remise et avant commission
Un prix conseillé correct peut repasser sous le plancher dès qu’un canal prélève sa part. C’est le calcul qu’il faut refaire canal par canal, avant d’accepter un dépôt vente ou une remise de fin de journée.
Hypothèse de travail, à remplacer par vos propres chiffres: une pièce dont le coût de revient complet est de 24 euros et le prix conseillé de 58 euros. Les taux de prélèvement retenus ci dessous sont choisis pour l’exemple et ne sont pas des références du secteur.
| Situation de vente | Prélèvement appliqué | Somme encaissée | Reste au dessus du plancher |
|---|---|---|---|
| Vente directe à l’atelier | Aucun | 58,00 euros | 34,00 euros |
| Site propre avec frais d’encaissement | 3 pour cent | 56,26 euros | 32,26 euros |
| Place de marché, commission et paiement | 15 pour cent | 49,30 euros | 25,30 euros |
| Remise de fin de marché | 20 pour cent | 46,40 euros | 22,40 euros |
| Dépôt vente en boutique | 40 pour cent | 34,80 euros | 10,80 euros |
La dernière ligne mérite qu’on s’y arrête. Avec un prélèvement de cette ampleur, il reste dix euros au dessus du plancher, et il suffit d’une pièce cassée ou d’un retour pour passer en dessous. C’est exactement le mécanisme décrit dans les erreurs de prix qui rognent le revenu horaire.
Ce que vous faites de cette feuille
Vous avez maintenant une fiche par pièce: matières consommées, pertes, emballage, temps de fabrication, temps invisible, taux horaire, frais de canal. Ce document est votre justification. Il vous sert devant une cliente qui trouve le prix élevé, devant une boutique qui négocie sa remise, et devant vous même les soirs de doute.
Refaites l’exercice sur deux autres références, puis passez à la gamme entière quand la méthode sera devenue automatique, comme dans le rechiffrage complet d’une gamme de céramique avant la saison de fin d’année. Le calcul ne change pas votre travail: il change ce que vous acceptez d’en tirer.
C’est ce chiffrage que fait Coutelia, qui calcule le coût de revient par pièce, le prix plancher et la marge par canal de vente: fiche matière, temps de fabrication, temps invisible, frais de chaque canal et alerte dès qu’une pièce passe sous son plancher. Demandez une démonstration sur votre pièce la plus vendue, ou un devis si vous voulez faire passer toute votre gamme.
Chiffrez votre gamme avec Coutelia
Décrivez ce que vous fabriquez et où vous vendez : la réponse arrive sous un jour ouvré, avec un premier ordre de grandeur de prix plancher pour une de vos pièces.
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