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Combien vous coûte réellement une journée de marché de créateurs, poste par poste ?

Publié le Mis à jour le 11 minutes de lecture Signé Jimenez Julien

Un emplacement à quelques dizaines d’euros paraît une dépense modeste, jusqu’au moment où l’on compte la route, les repas, le matériel, et surtout les heures. Une journée de marché mobilise souvent deux journées de travail complètes. Voici le chiffrage poste par poste, et la méthode pour savoir combien de pièces vous devez vendre pour que la journée vous paie.

Créatrice dépliant une nappe blanche sur des tréteaux pour monter son stand dans une halle de marché, caisses posées au sol

La réponse tient en une addition que peu de créatrices posent en entier. L’emplacement, la route et les repas, la part de saison du matériel de stand, les frais prélevés sur chaque vente, et surtout les heures propres à la journée. Sur un marché ordinaire, les frais décaissés dépassent rarement cent cinquante euros. Le temps, lui, pèse trois à quatre fois plus lourd.

Une journée de vente de six heures mobilise couramment quatorze heures de travail, du chargement de la voiture au rangement des caisses le lundi. Valorisées à votre taux horaire d’atelier, elles deviennent le premier poste de la journée, très loin devant l’emplacement. C’est pour cela qu’un marché affiche parfois une recette réjouissante et vous laisse moins qu’une journée passée à l’établi. Voici les postes dans l’ordre où on les relève, puis le calcul du nombre de pièces à vendre pour que la journée se paie.

Les frais visibles, ceux que vous notez déjà

Emplacement, adhésion et frais de dossier

C’est la seule ligne que toutes les créatrices connaissent, parce qu’elle est facturée. Selon l’organisateur, elle prend la forme d’un droit de place au mètre linéaire, d’un forfait pour le week end, ou d’un pourcentage de la recette.

Deux dépenses s’y greffent et disparaissent des comptes: l’adhésion annuelle à l’association organisatrice, à répartir sur les marchés que vous ferez avec elle, et les frais de dossier des salons sélectifs, qui ne vous sont pas rendus quand votre candidature n’est pas retenue.

Assurance et documents nécessaires à la vente ambulante

La plupart des organisateurs réclament une attestation de responsabilité civile professionnelle avant d’attribuer un emplacement. Si la vôtre est annuelle, sa part revient à chaque marché comme celle du matériel.

Pour vendre hors de la commune où votre entreprise est domiciliée, une carte permettant l’exercice d’une activité commerciale ou artisanale ambulante est exigée. Elle est délivrée par la chambre de métiers et de l’artisanat ou par la chambre de commerce et d’industrie, pour une durée limitée, et son renouvellement se demande avant l’échéance, pas le jour où un organisateur la réclame. Les conditions applicables à votre cas sont décrites sur le portail officiel entreprendre.service-public.fr.

Les frais que l’on oublie systématiquement

Carburant, péage, stationnement

Ces sommes sortent en plusieurs fois et ne sont jamais rapprochées du marché auquel elles appartiennent. Comptez le trajet aller et retour, le péage, et le stationnement quand la halle n’en offre pas.

Le kilométrage a un effet plus lent: un véhicule chargé de caisses et de tréteaux s’use. Cette usure explique qu’un marché à cent kilomètres coûte plus du double d’un marché à cinquante.

Repas, café et parfois hébergement

Le café du montage, le sandwich avalé derrière le stand, le repas du soir au retour parce qu’il est vingt et une heures: additionnés sur une saison, ces petits montants dépassent souvent deux emplacements. Un salon de deux jours ajoute une nuit d’hôtel, à intégrer entièrement dans son coût.

Aide ponctuelle sur le stand

Beaucoup de journées ne tiennent que parce qu’une deuxième personne porte les caisses ou tient le stand pendant la pause. Rémunérée, même ponctuellement, cette aide est une dépense de la journée et un point à cadrer avec votre comptable. Gratuite, notez quand même les heures.

Pour relever tout cela, la méthode la plus tenable est la plus rustique: une enveloppe par marché, son nom écrit dessus, les tickets glissés au fur et à mesure. Le dépouillement prend dix minutes le lundi, sans tableur.

Le matériel de stand, à amortir sur la saison et non sur la journée

Tables, nappes, présentoirs, caisses de transport

Une erreur fréquente consiste à imputer l’achat d’un présentoir au marché qui l’a déclenché. Le raisonnement juste est celui de la saison: additionnez ce que le stand a coûté dans l’année, divisez par le nombre de marchés faits.

Le même présentoir coûte cher sur quatre marchés et presque rien sur seize. Cette division vous dit aussi s’il vaut mieux acheter ou emprunter quand vous testez un nouveau format de vente.

Éclairage autonome, terminal de paiement, monnaie

Les marchés de fin d’année se tiennent dans la pénombre d’une halle ou à la nuit tombante. L’éclairage sur batterie, les rallonges et les piles forment une dépense annuelle stable, à traiter comme le reste. Le petit matériel se remplace plus vite qu’on ne le croit: nappes tachées, sacs déchirés, boîtes de rangement. Prévoyez une ligne de renouvellement annuelle plutôt que de découvrir la dépense en novembre. Le fond de caisse, lui, n’est pas une dépense mais une avance de trésorerie qu’il faut avoir.

Le temps, le poste le plus lourd et le moins compté

Production du stock destiné au marché

Les semaines qui précèdent un gros salon sont des semaines de production intensive. Ces heures ne disparaissent pas, mais ne les comptez pas deux fois: le temps de fabrication est déjà dans le coût de revient de chaque pièce, donc dans sa marge. L’ajouter au coût de la journée revient à doubler la même charge.

Ce qui appartient vraiment au marché, ce sont les pièces produites pour lui seul: formats d’appel, petites pièces cadeau, séries de saison. Si elles restent en caisse, elles immobilisent des matières et des heures.

Chargement, route, montage, vente, démontage

Voilà les heures propres à la journée, celles qui n’existent que parce que vous faites ce marché.

  • Chargement de la voiture et vérification du stock, la veille au soir.
  • Trajet aller, avant le lever du jour en hiver.
  • Montage du stand, présentoirs et étiquettes de prix.
  • Les heures de vente debout, sans vraie pause.
  • Démontage, trajet retour et déchargement des caisses.

Elles se valorisent au taux horaire d’atelier retenu pour vos prix. Si vous ne l’avez pas encore posé, commencez par la méthode de calcul du coût de revient complet d’une pièce, temps invisible compris: sans taux horaire, aucun chiffrage de marché ne tient.

Comptage, rangement et réassort du lundi

Le marché ne s’arrête pas au démontage. Restent le comptage de la caisse, le pointage des pièces vendues, la remise en stock des invendus, puis le réassort des références parties, qui décale les commandes de la semaine.

Les frais qui naissent au moment de la vente

Commissions d’encaissement par carte

Selon votre contrat, l’encaissement par carte prélève un pourcentage du montant, parfois augmenté d’une part fixe par transaction. Sur un marché, les paniers sont petits et nombreux: c’est exactement la configuration où une part fixe pèse le plus, bien plus que sur une commande de site.

Emballages offerts et sacs

Chaque vente part avec une pochette, un papier de soie, parfois une boîte et un ruban. Sur un stand, l’emballage est plus généreux qu’en expédition parce qu’il se fait devant la cliente. Multipliez son coût unitaire par le nombre de ventes: la ligne devient visible.

Remises de fin de journée

C’est le poste le plus coûteux et le plus discret. À dix sept heures, fatiguée, devant des caisses à recharger, on accepte le lot de trois, la remise, le prix rond. Une seule de ces décisions peut faire passer une pièce sous son prix plancher.

La parade se prépare la veille: écrivez sur votre fiche, à côté de chaque prix, le montant sous lequel la pièce ne part pas, remise comprise. La décision sera prise avant la fatigue. Pensez aussi à l’affichage lisible des prix sur le stand, qu’impose l’arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l’information du consommateur sur les prix, consultable sur Légifrance.

Le seuil du jour: combien de pièces vendre pour rentrer dans vos frais

Calculer un point mort par marché

Le calcul tient en trois nombres. Les frais décaissés de la journée, plus les heures propres au marché multipliées par votre taux horaire d’atelier: c’est le coût de la journée. Divisez le par la marge que laisse une pièce moyenne, une fois ses matières, son emballage et sa commission d’encaissement retirés.

Prenons une hypothèse de travail, à remplacer par vos chiffres. Frais décaissés de cent quarante euros, quatorze heures propres au marché, taux horaire d’atelier de vingt cinq euros: la journée coûte quatre cent quatre vingt dix euros. Avec une marge moyenne de vingt deux euros par pièce, il faut en vendre vingt trois pour que la journée soit à l’équilibre. Tout ce qui passe au dessus vous rémunère réellement.

Trois profils de marchés comparés

Les trois lignes ci dessous sont des hypothèses de travail, à remplacer par vos propres relevés.

Profil de marchéFrais décaissésHeures propresPièces à vendre pour l’équilibre
Marché local du dimanche55 euros9 heures13
Salon régional de deux jours210 euros22 heures35
Grand salon de fin d’année480 euros34 heures61

Ce tableau ne dit pas quel marché choisir, il dit ce que chacun exige. Le marché local demande peu, mais son affluence est faible et ses paniers sont petits. Le grand salon de fin d’année peut être excellent, à condition d’y vendre soixante pièces, ce qui suppose un stock et une gamme lisible.

Ce que ce calcul change pour la saison suivante

Une fois trois ou quatre marchés chiffrés ainsi, le tri se fait tout seul. Certains ne repassent pas le seuil deux années de suite: ils sortent du calendrier sans discussion. D’autres le passent largement, et vous saurez qu’il faut y candidater tôt.

Le chiffre sert aussi à négocier: un emplacement moins cher, une allée principale, un trajet partagé avec une autre créatrice. Ces demandes se formulent bien mieux avec un coût de journée écrit devant soi. Et lorsqu’un marché n’atteint jamais son seuil, comparez le à une journée d’atelier ouvert ou à une mise en dépôt vente dont vous aurez vérifié le contrat avant de confier vos pièces.

Tenez une fiche par marché, une seule page: date, frais, heures, recette, pièces vendues, une ligne sur la météo et l’affluence. Conservez la d’une année sur l’autre. Au bout de deux saisons, vous décidez sur des faits et non sur un souvenir, à l’intérieur du calendrier annuel des révisions de prix, de frais et de déclarations d’une artisane.

Une journée de marché n’est jamais une petite dépense: c’est une journée de production que vous ne faites pas. Elle mérite sa place quand elle rapporte davantage, et cette comparaison demande un chiffre, pas une impression. C’est ce que calcule Coutelia, qui compare votre marge par canal de vente et donne le nombre de pièces à vendre pour atteindre un revenu net: coût de revient par pièce, frais réels par canal, alerte dès qu’une remise passe sous le prix plancher. Demandez une démonstration sur votre prochain salon, ou un devis pour chiffrer votre saison complète.

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Décrivez ce que vous fabriquez et où vous vendez : la réponse arrive sous un jour ouvré, avec un premier ordre de grandeur de prix plancher pour une de vos pièces.

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